Jour 173

En lisant l’article du Monde « Elsa Dorlin, philosopher à main nues, je perds le fil et me retrouve face à l’entrée de ce grand bâtiment aux allures militaires placé tout en haut de la rue Grammou à Zografou. Les terminus du 622 et du 810 sont ici. Incroyable ce que le bus à pu avoir cette place immense dans ma vie la bas. Ici je n’arrive plus à le prendre.

C’est une grande rue, une petite route. Au sommet de cette colline, elle monte puis descend, fait le dos rond. Je me souviens des barbelés en haut des grillages. Ils me faisaient un petit peu peur. Je me souviens de ce transformateur électrique, je ne sais pas pourquoi. Je ne me suis jamais appuyée contre. En partant vers la gauche, on redescend. Tout droit le grand parc, celui qui avait donné à Liza l’impressiond’etre partie en vacances sans sortir de sa ville. A gauche il y a une autre sorte de parc. Un petit peu de terre battue, deux bancs qui suivent le muret qui délimite la cour de l’école, une fontaine qui ne fonctionne plus. Des grands arbres verts, toufus. Les arbres Athèniens avaient l’ait heureux, c’est une réflexion que je ne me fais que maintenant, et qui me fais penser que seule la nature survivra à nos crises.

Si on avance jusqu’au parc et que l’on tourne à gauche avant d’y entrer on longe un skate parc, un terrain de tennis, peut être un terrain de basket. Beaucoup de fleurs et d’arbres, encore. La route descend, elle est si belle. Large, dégagée, bordée de ces boutiques que je n’ai jamais vu ouvrir. Je revois les barrières en fer forgées, les bancs, les carreaux de béton sculpté qui forment le trottoir, il faisait beau, dans mon coeur aussi.

Si je prend une des ruelles à gauche je me revois promener mon chien. Je revois son harnais bleu, sa laisse bleue, ses yeux vairon. Les chats du quartier qui la terrorisaient.

Je perds le fil. J’ai peur d’oublier pour toujours.

Athènes sera toujours dans mon ventre, sous forme de papillons, dans mes yeux, sous forme de photos et de larmes, dans mon coeur, toujours.

Mais quand je n’aurais plus de mots pour dire Athènes, serais-je encore plus seule qu’aujourd’hui?

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Jour 171

Puisqu’il a fallut rentrer.

Dans le bus, ici bas, je rêve de remonter à bord du bus 622 qui me ramenait de syntagma à zografou.

Il ne serait pas tout à fait plein. J’aurais une place assise et j’écouterai probablement mura masa ou le krunth. Bien sûr mon oreille trainerait et je découvrirais encore de nouveaux mots en grec. Au bout d’une demi-heure, je descendrais. Au grand carrefour, celui juste après le parc ou j’étais venue faire ma séance de sport nocturne, avec cet immense kiosk, le snack everest, la route principale qui mène à l’université de philosophie d’Athènes. C’est impossible bien sûr, le 622 ne revient pas du centre ville par ce côté de la colline.

J’irais alors au « 24/24 » acheter un bagel au fromage de chèvre frais, aux tomates et à la tapenade, ils sont si bons. Le magasin serait désert, sauf quelques jeunes hommes se tenant proche de la porte et riant très fort avec les caissières. Je craquerais pour un paquet de cigarettes industrielles peu onéreuses et un café froid, que j’essaierai de commander en grec bien que mon accent me vaille toujours une réponse en anglais. En sortant, ce serait l’obscurite de la nuit, les néons du magasin Honda de l’autre côté de la route, l’odeur des grillades, évidemment.

Je rentrerais à pied en respirant fort l’odeur de ma ville tant aimée. Je scruterais chaque recoins des rues, un nouveau graffiti PAO, un chien errant, « tiens ce magasin est encore ouvert il est pourtant bien tard, la boulangerie sent toujours aussi mauvais », bonjour au vendeur du kiosk, ça commence à monter… Je suis presque arrivée, je me raisonne je ne vais pas, encore, dilapider mon argent dans de l’alcool… Demain il faudra aller racheter du café avant d’aller chez les filles.

Enfin, trouver la clé au fond de mon sac et perdre mon souffle dans les escaliers.

Je me rappelle après de l’odeur de mon appartement, je l’aimais si peu les premiers jours. Un mélange de trop propre et de trop vieux. La décoration sommaire et de mauvais goût du salon… Le soleil sur le balcon.